Présentation des axes du GdR

Axe 5

Enjeux socio-économiques

Coordinateurs : Sophie Pardo et Elisabeth Michel-Guillou 

Equipes impliquées : LEMNA-Univ. Nantes, CRPCC-UBO

L’analyse des risques en matière de production et/ou de consommation de produits de la mer est nécessaire dans le cadre d’une problématique de recherche portant sur la contamination aux phycotoxines de ces produits. Cela signifie s’intéresser et identifier les risques qui font sens pour les populations étudiées (ex. risques alimentaires pour le consommateur). Du point de vue des producteurs, Le Bihan et Pardo (2012) ont montré que les ostréiculteurs perçoivent les risques liés au milieu naturel comme étant les plus importants dans leur activité. En revanche, leur hiérarchisation des risques est modifiée lorsqu'ils ne considèrent que les impacts directs dans leur entreprise (laissant de côté leur perception des probabilités d'occurence des sinistres). Aborder cette problématique par l’approche des représentations sociales (Moscovici, 1976), c’est admettre que ces risques ne sont pas définis par des experts et réappropriés par des individus, mais que ce sont les individus eux-mêmes (en fonction de leurs valeurs, leurs croyances, leurs expériences personnelles, etc.) qui vont construire ces risques et agir en conséquence. De ce fait, il apparaît nécessaire d’analyser les modalités de traduction des discours et incertitudes scientifiques, à la fois dans les politiques publiques (dimension juridique) mais également dans le sens commun (dimension psychosociale). Il s’agira donc de comprendre comment des individus ou des groupes (institutions politico-administratives, producteurs, consommateurs…) appréhendent ce risque (ou pas) et comment cela se traduit en termes de pratiques.

 

Représentations sociales des contaminations aux phycotoxines

 

Les risques en matière de phycotoxines, et de production et/ou de consommation d’organismes marins peuvent être appréhendés comme des construits sociaux. En ce sens, ils font référence à des représentations sociales culturellement et historiquement marquées. Ces représentations renvoient à des savoirs complexes qui permettent aux individus d’appréhender leur environnement et d’agir envers lui. Elles correspondent à différentes formes de connaissance socialement partagées et élaborées par des groupes sociaux (Jodelet, 1999 ; Moscovici, 1976). Ces représentations sont donc des constructions sociales de la réalité qui ont pour but de la rendre signifiante (Abric, 2001). De ce fait, analyser les représentations sociales liées aux risques associés aux phycotoxines, et à la production et consommation d’organismes marins s’avère nécessaire pour comprendre les pratiques des acteurs en la matière.

Au-delà de ces représentations sociales du risque, la construction des normes implique que les données scientifiques soient prises en compte et intégrées dans les processus de régulation de la vie en société. Dans de nombreuses circonstances, la connaissance scientifique est incertaine. Le principe de précaution tel qu’il figure dans la Charte de l’environnement adossée à la constitution implique une prise en compte des données scientifiques avant leur validation scientifique. Dans certains cas, les politiques publiques s’emparent de concepts scientifiques encore incertains, dans d’autres les réglementations ignorent les résultats scientifiques, dans d’autres encore la règle de droit est fondée sur des incertitudes (Prieur, 2001; Naim-Gesbert, 2009). En prenant comme exemple, l’assimilation des toxines par des organismes marins, il s’agira de mettre en avant les différentes possibilités existantes pour traduire en droit les incertitudes scientifiques afin de participer à l’élaboration d’une théorie de la traduction juridique des incertitudes scientifiques.

 

Mesures de gestion des risques et coûts associés

 

La problématique des risques liés au milieu de production des coquillages nécessite de s'intéresser à l'ensemble des mesures de prévention et de gestion des risques. Cette question doit être adressée du point de vue des producteurs, dont l'objectif est la sauvegarde de leur activité économique, et du point de vue sociétal dans la dimension prévention des risques sanitaires. Il s'agira également de prendre en compte l'incertitude scientifique dans une optique d'émergence de nouveaux risques, favorisée par les changements globaux.

Les producteurs adoptent une approche économique standard consistant à arbitrer entre le coût des mesures de gestion des risques et leur efficacité. Cette question est toutefois complexe car elle doit être reliée à la perception des risques de ces acteurs ainsi qu'à leur capacité à les intégrer. L'acceptabilité des mesures de gestion et de prévention de la part des producteurs en dépend. Le programme Dinophag a par exemple montré que la moitié des conchyliculteurs interrogés ont intégré le risque de fermeture administrative liée à la présence de dinophysis et adaptent leur activité. Ils ne sont ainsi pas prêts à investir dans des dispositifs de détoxication des coquillages, jugés trop coûteux (voir aussi les résultats du programme GERRICO), ni même dans des outils financiers de couverture des risques, de type fonds professionnel. La compréhension de la perception des risques et des pratiques culturales des producteurs sera indispensable afin de proposer des solutions de gestion efficaces.

Au-delà des coûts individuels supportés par les producteurs, les mesures de prévention induisent un coup supporté par la collectivité (réseau de surveillance par ex.). Cette question n'est pas traitée aujourd'hui mais représente un enjeu important pour la décision publique. Il s'agira d'évaluer le rapport coût-efficacité des mesures et de le relier à l'acceptabilité des risques par les différents acteurs (du producteur au consommateur).

 

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